Mar Del Plata ne répond plus !

ou séjour dans une ferme de chèvres
Mar del Plata, qu’est-ce que t’en dis-toi ? Bééééééé, pas grand-chose !

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Bienvenue à la ferme La Piedra

Après une nuit de bus mouvementée, et majoritairement animée par un couple fort bruyant accompagné de leurs deux enfants, le tout sur deux sièges seulement. Pas une bonne idée ! Un peu fatigués mais contents nous arrivons au terminal de bus ultramoderne de Mar del Plata, la station balnéaire de Buenos Aires. Griselda, la personne avec qui nous étions en contact via Internet nous retrouve très vite sur le quai (il faut dire que nous sommes assez reconnaissables avec nos gros sacs !), elle est avec son fils, Milo. C’est elle qui nous emmène jusqu’à la ferme à plusieurs dizaines de kilomètres de la ville. La ferme se situe sur une colline, et juste derrière il y a un petit village, quelques kilomètres plus loin.


Coucou!

La ferme se nomme La piedra (la pierre, donc), et un grand panneau marque l’entrée. Tout de suite à droite se trouve le « tumbo », la traite, puis un petit magasin de vente directe, et enfin un grand bâtiment qui abrite au rez de chaussée la fabrique de fromage de chèvre, et la grosse chaudière qui alimente cette activité, et au-dessus le restaurant, assez connu dans la région, qui n’est ouvert que le week-end. Depuis celui-ci, on peut voir le potager, aussi long que le restaurant en lui-même, il est bien fourni et agréable à regarder.


Les veaux s’en donnent à cœur joie à la ferme et se coursent, se mesurent les uns aux autres

Sur la gauche à quelques mètres, la maison de Maria, où vivent également son mari et sa fille. Accolée à la maison, une bergerie hébergent quelques chèvres et moutons, un grand corral permettant aux visiteurs du dimanche de voir les animaux. En descendant un peu plus, on accède à une zone étrange : différents bâtiments qui ont subis les assauts du feu. Un peu plus loin, via une petite allée bordée de pins, on arrive, Arnaud, moi, Griselda et Maria à une petite maison, qu’on nous présente comme notre nouveau logement. Maria nous dit que tout est propre et qu’il faudra le rendre dans le même état. Autant vous dire que ce ne sera pas difficile, au premier coup d’œil Claire trouve la maison plutôt sale, au-delà du fait que tout est très vieux. Mais pas le temps pour l’instant de s’appesantir sur la question, il est pratiquement 11h et les petites chèvres n’ont pas mangé !

Griselda se propose de nous montrer notre travail et nous la suivons un tout petit peu plus bas, dans un nouveau bâtiment qui s’appelle la « watcheria ».

Ou comment devenir chèvre

Et cet endroit, c’est le hangar où vivent une armée de petites chèvres, ayant entre deux jours et plusieurs semaines, puisqu’elles y restent jusqu’à leur 10kg. Elles dorment et mangent dans de petits parcs à l’intérieur, et le matin commence notre boulot : récupérer le lait de vache de la traite du matin, et le mettre à chauffer jusqu’à 65°C, pour le pasteuriser. On laisse refroidir un peu le lait avant de le servir dans un énorme biberon à plusieurs tétines. A partir du moment où les petites chèvres voient cet objet de désir, toutes, grandes et plus petites tentent de sauter la barrière ou de se faufiler entre deux planches pour venir boire avant les autres.


La multimamadera

Celles qui savent déjà comment ça marche se précipitent dès la porte de leur enclos ouverte, et huit par huit elles peuvent prendre en même temps leur petit déjeuner. Elles tètent, faisant beaucoup de bruit, et on peut voir à vue d’œil leur ventre gonfler. Dès qu’elles tremblent et qu’il devient évident que leur ventre est énorme, on les arrache littéralement avec un bruit de succion à la tétine pour les mettre dans un grand parc à l’air libre, avec de l’eau, des jeux et de la nourriture.

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Ce n’est pas une tâche aisée, car il faut être vigilant en ouvrant la porte de chaque « dortoir », pour ne pas que toutes sortent en même temps. En outre, certaines parviennent en bonnes chèvres à escalader la barrière du parc d’extérieur, et veulent avoir un second petit déjeuner. Il y a aussi le problème de la colique, qu’il faut traiter quand on le rencontre, et faire avaler une pipette de smecta version chèvre à des petites récalcitrantes. Enfin autre contrainte : ils sont environ 100 chevreaux, et les soulever un par un, au moins une fois chacun, se révèle formateur, surtout au niveau des bras pour Claire, étant donné que les barrières sont assez hautes.


Parc à petites chèvres

Cependant, il n’y a pas à dire, ils sont tous supers mignons. Quand ils ont soif, ils remuent la queue. C’est drôle de les voir chercher partout à téter, pantalons, doigts, cheveux… tout en agitant leur queue rapidement. Les petits petits sont particulièrement mignons, et ont un pelage très doux, les oreilles tombantes sur un bééééé étonnement assourdissant pour une chose aussi petite. Ceux qui viennent juste d’arriver ne savent pas téter au biberon, et durant leurs premiers jours il faut le leur apprendre, ce que généralement ils font très vite.

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En tout cas pour ceux qui ont le plus de force, parce que certains n’ont pas pris assez de lait de la mère durant leur premier jour et il faut leur mettre de force la tétine dans la bouche pour qu’ils puissent ingérer quelque chose, sans quoi c’est la mort assurée pour eux. Les plus faibles ont donc droit à deux rations par jour, et cela prend parfois beaucoup de temps de leur faire avaler un demi-biberon chacun.
Bien sûr une fois que tout ce beau monde a mangé, il faut tout nettoyer et laisser tout prêt pour le soir.

Ce fut donc notre premier apprentissage de la journée, avant de faire un tour plus approfondi de la ferme en tant que tel.

La ferme éducative et le potager

En plus des chèvres, et la production de fromages qui est l’activité principale, la ferme est « éducative », et présente donc plusieurs autres parcs et animaux. Au fond du champs, deux chevaux, quelques vaches et veaux à part, un grand bourbier réservé à une dizaine de cochons et deux vieux boucs. Poulettes et dindons se partagent un autre espace un peu plus loin, et deux îlots centraux contenant l’un une paire de canards boiteux et une oie, et l’autre une quantité astronomique de lapins et de cochons d’inde.

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C’est là que nous assistons à un étrange spectacle, une vielle dame, à l’intérieur, tentant d’attraper les cochons d’inde un par un à l’aide d’une boite en carton… C’est ainsi que nous faisons connaissance du couple qui vit dans la petite maison au fond de la ferme, et qui s’occupe de l’entretien global de la ferme. Ceux-ci partent pour une semaine de vacances le lendemain et donc veulent sauver des griffes des deux chattes qui vivent chez eux les cochons d’inde et lapins bébés trop vulnérables. Ces derniers sont destinés à être transportés dans une cage plus petite mais sécurisée du point de vue félin.

Nous aidons à mettre la main sur les petits rongeurs cachés pour la plupart dans leurs trous sous la terre, et apprenons que nous serons en charge de nourrir la basse-cour en l’absence du couple d’anciens.

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Il est temps de manger, nous n’avons pas eu grand-chose dans le bus le matin même et la faim se fait ressentir ! Griselda nous propose de rester manger avec eux le midi et nous ne nous faisons pas prier. Ainsi nous faisons la connaissance de l’ensemble de la maison : l’employée chargée de faire les fromages, l’aide cuisine, la fille et le mari de Maria, et sa mère à lui. Les pâtes à la crème et aux poireaux étaient délicieuses, et c’est repus que Maria nous mène vers la suite du programme : notre tâche suivante sera de désherber et mettre au propre le potager. Il y a beaucoup de plantes rares dans ce jardin nous dit-elle, alors il faut ouvrir l’œil. Pas de chance, il n’y a qu’une seule paire de gants (à trous) pour nous deux, et de petite taille, Claire s’attaque donc en première intention aux premiers rangs : ce qu’il faut sauver : les orties et les petits pois répartis un peu partout, le reste (pas mal de choses) est à enlever (entre deux plants d’orties…). Arnaud lui, n’a pas beaucoup plus de facilité dans son genre : faire le tri entre mâche et une espèce de mauvaise herbe rampante qui n’a rien trouvé de mieux que de se faufiler entre les pieds de cette petite salade.

Après deux heures et demi d’efforts qui n’ont pas donné beaucoup plus de résultats qu’une avancée de quelques mètres sur les rangs, on finit par s‘en remettre au lendemain, la lumière commence à baisser et c’est l’heure de rentrer les chevreaux. Au passage, Maria nous donne la nourriture qui est incluse dans le deal volontariat ici.

Par la même occasion nous faisons connaissance d’un sacré personnage : Marco Colombo, le frère de Maria et Griselda, un ours tout en muscles aux pieds duquel se promène constamment un berger allemand, énorme, à la mesure de son maitre quoi, avec deux oreilles dans le même sens. Très gentil toutefois, le molosse répond au nom de Cacha. Jeune mâle, il est cependant en compétition avec les nombreux chiens du domaine : dont un gros berger et un autre plus vieux avec de beaux yeux vairons.

Entre trois murs et un demi-toit

Le soir même de notre arrivée, nous prenons peu à peu conscience de l’état de dégradation de notre logis. La porte, pour commencer, ne répond à la fermeture que sous la main des initiés (autrement dit, pas nous), et une autre porte est là pour nous permettre de barrer le passage à la maison et empêcher les animaux d’entrer.

Dans la première pièce, la pièce à vivre, il y a un vieux lit, une chaise de jardin et un tabouret, une table et un grand poêle incorporé dans le mur commun à la chambre, sur la gauche en entrant. Nous sommes en hiver, il nous faut donc chauffer au bois. Arnaud est rapidement devenu complètement noir en essayant d’allumer le feu. Pas évident au briquet vide et au gaz de la cuisine… Sacré souvenir que de voir Arnaud tenter de faire prendre une brindille dans le simulacre de gazinière que nous avions.

Finalement, lorsque nous avions enfin une source de chaleur grâce aux efforts d’Arnaud, il s’est avéré que nous faisions quelque chose mal dans la disposition du feu ou alors que la cheminée était bouchée, toujours est-il que la fumée ne sortait malheureusement pas au dehors mais bien en dedans… Ainsi, déjà bien frigorifiés, on a dû se résoudre à ouvrir les fenêtres pour ne pas mourir asphyxiés. Cela dit, ce fut assez rigolo de se dire le soir « allons chercher du bois pour le feu ! » et de faire ses provisions aux pieds des pins devant la maison ou sur le gros tas de combustible de la ferme. Plus tard nous avons eu un briquet tout neuf et des conseils pour allumer le feu.

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Le sol est de béton brut, fêlé mais de couleur sombre, révélant facilement des taches blanches. Celles-ci proviennent de restes de peinture du plafond, mélangés à de nombreuses toiles d’araignée noircies de suie, qui tombent en fine neige dans l’ensemble de la maison. L’humidité y est très importante, cela fait a priori pas mal de temps que personne n’y a séjourné. Les matelas sont humides également, et les draps en place ont légèrement moisis. Ce fut donc toute une affaire de faire nos lits : taie d’oreillers ? Des T-shirts. Draps ? Une couverture dûment secouée à l’air libre. Couverture ? Nous dormions en pyjama + pulls + chaussettes + bonnet + sacs de couchage + couette. Les nuits se sont vite révélées très fraîches.

De l’autre côté de la maison, la cuisine et la salle de bain. Ce soir-là, nous branchons notre bouteille de gaz toute neuve sur le très vieux brûleur de la cuisine. La chose est absolument dégoûtante comme le reste, reste de nourriture, la vaisselle est pleine de poussière et même de toiles d’araignée, le placard contenant le sel est tellement humide que les condiments sont devenus béton. En outre au fond de la cuisine trône une immense cheminée à hauteur d’homme, ou devait se faire la nourriture il y a un siècle, mais qu’il est aujourd’hui défendu d’utiliser, la cheminée est théoriquement bouchée. Bref, pour faire simple, pas facile de se trouver des couverts et une casserole acceptable sur le chapitre de la propreté pour se faire à manger, heureusement, on a de la javel. On fait notre inventaire alimentaire : riz, pâtes, polenta, et un gros sac de pommes de terre, tomates, carottes et fruits : bananes et clémentines, et enfin huit œufs, du pain, une énorme plaquette de beurre et un de leur fameux fromage frais de chèvre.

Pourquoi on vous explique ça ? Parce qu’il va très vite s’avérer que nous manquons de produits de base, et aussi de protéines et que ne pouvons pas aller faire des courses (on travaille durant la journée et on n’a pas de moyen de transport obligatoire quand on est perdu au milieu de la campagne). Cependant nous avons pris l’habitude de voyager avec notre petit sac à épices, bien utile lorsqu’il s’agit au bout de quelques jours d’agrémenter la polenta au beurre avec un peu de cumin, sel, poivre.

Après manger et une bonne journée de travail, une douche n’aurait pas été de refus. Une opération compliquée dans la ferme. Premièrement, la salle de bain de 3 mètres carrés maxi au désavantage d’accueillir également un WC (jusque-là, normal) qui fuit doublement. Une fois par la chasse d’eau, une autre par la cuvette. Résultat ? Remplissage manuel de la chasse d’eau obligatoire, et enfin, pour la question qui nous occupe, le tout coule dans la douche… Autant vous avouer que pas de douche possible sans tongs. Le système de la douche maintenant : un tout petit ballon d’eau chaude, qu’il faut actionner pour remplir, puis brancher électriquement pour chauffer l’eau, et enfin bien penser à débrancher pour prendre sa douche. Le tout dans une atmosphère ou glaciale, ou totalement enfumée, et le pompon, en sortant de la douche vous êtes en face d’une fenêtre (sans rideau ni volet, heureusement qu’il n’y a pas beaucoup de passage !) Qui est partant?

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Moi!

Après cette première description de la maison, vous vous dites, comme nous l’avons fait à tort, qu’elle est décrépite, et que ça peut difficilement être pire.
Détrompez-vous.

Détrempons-nous

Toujours ce même soir, agacés de nos mésaventures avec la maison, fatigués du voyage en bus et de notre première journée, nous allons de très bonne heure au lit. Cette nuit-là, pas de chance pour nous, un gros orage éclate, avec force de vent, de tonnerre, d’éclairs, et de pluie. Dans le noir, nous nous réveillons au bruit du violent assaut de la tempête sur notre maison, mais surtout parce qu’on entend très fortement un ruissellement d’eau tout proche. Arnaud se lève pour découvrir que le mur entre la pièce principale et la cuisine est devenu une cascade, ou pour être plus précis, une gouttière.

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Ce n’est qu’à la lumière du jour suivant que nous prenons pleinement conscience que nous vivons à l’abri d’une passoire. Le sol de la pièce à vivre est complètement détrempé, de même que la cloison en question. Il y a d’autres fuites un peu partout, notamment dans la cuisine, le frigo est inondé, de même que le petit meuble, fruits et légumes, heureusement récupérables. Notre chance, c’est que nous n’avons qu’une seule fuite dans la chambre, et pas au-dessus du lit.

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Nous utilisons nos deux serpillières pour endiguer autant que possible l’eau. Maria ne consent pas à nous en prêter une autre, même après que nous l’ayons alertée sur l’état du toit.
La maison devient encore plus humide que jamais. On nous conseille de laisser le feu allumé toute la journée pour faire sécher le sol. Honneur à Arnaud qui s’est donné beaucoup de mal pour mâter cette cheminée récalcitrante. Mais étant donné que le temps reste encore deux jours au gris, le béton sèche à une lenteur désespérante, et des flaques subsistent dans le salon durant plusieurs jours après la nuit de l’orage.

A ce point-là de l’histoire, nous avons déjà plusieurs remarques sur le fait que vivre dans l’humidité, le froid, ou la fumée n’était pas terrible pour notre santé comme pour la conservation de nos affaires. Cela a paru ennuyer Maria, qui nous a ensuite dit que nous allions avoir un balai-raclette pour notre sol, et que Marco allait arranger le toit de la maison. Clairement, au côté féminin de notre couple ne plaisait pas du tout le logement, cependant comme l’a souligné le côté masculin, nous nous étions engagés à rester un mois, et quand même, les petites chèvres, elles sont vraiment mignonnes… Alors nous persévérons, en attendant de voir ce que cela donne.

Mercedes, Miguel, chat et cochons, expérience de la ferme

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Le lendemain nous nettoyons un meuble. Miguel, l’employé « homme clef » de la femme, trouve dans le champ un petit chevreau né dans la nuit sous la tempête. Il est tout tremblant et n’a pas de force. Il l’installe dans une boite en carton à côté de la soufflante chaudière à bois, mais trop faible, il mourra quelques heures plus tard seulement.

Griselda nous propose le mercredi comme jour « libre » dans la semaine. Evidemment nous acceptons, pas de problème pour travailler le weekend, mais elle ne sera pas là jusqu’à mardi matin car elle part pour plusieurs jours à Buenos Aires.

Nous rentrons alors dans une sorte de routine. S’occupant des petites chèvres avec Mercedes, le matin et le soir. L’employée du magasin de la ferme, nous fait d’ailleurs rire parce qu’elle enlève les mâles de la tétée plus vite que les femelles, au titre qu’ils doivent manger moins, pour grossir moins vite, et qu’ainsi ils soient moins vite vendus en tant que viande à asado… Et pourtant c’est leur destin. Il n’y a que 5 mâles adultes dans la ferme, dont seulement deux sont « en service » comme nous a expliqué Griselda. Les autres ont le droit à une retraite bien méritée au fond de la ferme…

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Ainsi que des papouilles d’Arnaud 🙂

Les après-midis nous passons quelques heures dans le potager à désherber à vitesse d’escargot. La mère de Maria vient aider sa fille à planter des primevères qui seront plus tard au menu ou en décoration au restaurant.
Durant le weekend justement, la toute petite cuisine du restaurant est totalement inaccessible, c’est une activité intense qui y règne, pour nourrir les nombreuses bouches qui viennent de Mar del Plata vers la campagne alentours pour chercher un coin de verdure dans leur champ de vision comme dans leurs assiettes. Des 11h du matin le parking se rempli et nous avons de nombreux visiteurs, qui nous posent évidemment des tas de questions auxquelles bien sur nous sommes loin de pouvoir répondre à toutes…

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Mercedes nous montre la carte du restaurant et cela nous semble en effet de très bon augure. Nous croisons entre deux portes Maria, chef de la maison et lui demandons si le lendemain, le dimanche, nous pourrions y manger en tant que client. Nous signifions par-là que nous voulions payer nos repas. Elle nous répond qu’elle va voir si elle a de la place parce qu’il y a beaucoup de réservations et qu’elle nous tient au courant. Pas vu le lendemain.
Le lundi, Maria vient nous voir à la watcheria, et nous donne quelques conseils, ajoutant que nous n’allons pas assez vite au jardin et que nous devrions y aller aussi le matin, au moins un sur nous deux, car trois (avec Mercedes nous sommes trois). Nous ne sommes pas ravis de la nouvelle. On repose de notre côté la demande d’un toit étanche, mais on dirait qu’elle prend la chose avec autant de réceptivité que nous.

Nous n’avons plus de pain ce même midi à la sortie du jardin, nous allons donc à la cuisine, où nous trouvons l’employée de Maria, laquelle nous donne à notre demande du pain et du fromage.
Cette après-midi-là, Marco, le frère de Maria et Griselda, propose à Arnaud qu’il nettoie le toit de notre maison afin qu’il passe dans la semaine de la peinture étanche. C’est ce qu’il fera.
Le soir nous faisons plus ample connaissance avec Miguel et son collègue tout nouvellement arrivé comme nous. Miguel mâche de la coca sur sa grosse brouette mécanique, et nous sourit en nous voyant. Il aime beaucoup voir de nouveaux volontaires ; d’ailleurs il a les photos de tous les volontaires qui sont venus depuis le début.

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Nous l’aidons à mettre du foin dans la bergerie accolée à la maison de Maria, puis nous y restons un peu après leur départ, pour avoir accès au wifi que nous n’avons pas sinon. En réalité chèvres et moutons ont de quoi surfer sur le net, pas nous. On s’est demandé si on n’aurait pas plus chaud à dormir avec eux du coup.

Ce qui est chouette, c’est qu’ils sont tout de même drôles à regarder. Les chèvres se perchent partout, très agiles, alors que les moutons, quand ils sont énervés, chargent avec bruit. Les Béééééés sont bien sûr très forts. Quelques petits du jour sont parmi elles. Tremblants sur leurs jambes toutes neuves, ils cherchent désespérément à téter. Ils lancent des coups de tête dès qu’ils rencontrent un quelconque coin de chair. Cependant si ce n’est pas leur mère qui les reçoit, il nous ait arrivé de les voir finir en vol plané, lancés par des cornes habiles sur un cou musclé. Heureusement à cet âge-là c’est de la gomme, et le petit se relève sans dommages. Une des mères qui n’a pas totalement perdu l’instinct maternel après des années d’élevage et de pompage de lait, essaye de guider son bébé vers ses mamelles, mais celui-ci ne part jamais du bon côté et malgré 10 bonnes minutes d’observation nous ne saurons jamais s’il a pu boire finalement…

La ferme aux animaux, ou les volontaires se rebellent

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Mardi, soit 6 jours après notre arrivée, nous prenons le travail avec les petites chèvres comme chaque matin vers 8h30. Mercedes n’est pas là ce jour-là. Nous mettons le lait à pasteuriser, et allons pendant ce temps nourrir la bassecour. A la fin du tour, Miguel et son collègue commence à transférer les jeunes cochons dans l’enclos principal avec leurs autres congénères. Alors qu’ils en sortent un premier, celui-ci parvient à se détacher et s’échappe. Arnaud va leur donner un coup de main pendant que je range le matériel, puis reviens regarder l’opération.
Lorsque nous retournons à la watcheria, Griselda et là et nous dit que le lait est justement à plus de 65°C et que nous n’étions pas là. A partir de là commence une mise sur la table complète des griefs des uns et des autres : Griselda nous fait donc le reproche que nous ne travaillons pas assez vite, nous répondons que nous ne sommes pas des professionnels de la ferme ni du jardinage, que l’on fait de notre mieux mais que l’on sait pas comment faire plus vite sans faire n’importe quoi. A cela elle riposte qu’il faut demander, sauf que bien sûr elle n’était pas là et que Maria a toujours l’air et très occupée et ennuyée que l’on vienne lui parler. Bref, ensuite la watcheria est pas nettoyée et les mangeoires trop pleines… Arnaud intervient pour dire que la maison dans laquelle on vit n’est vraiment pas acceptable, que c’est sale et qu’il y a des fuites ect…


Bâtiment de la watcheria

A quoi vient finalement le fond du problème à savoir que Maria a cru que nous voulions manger gratuitement à son restaurant, et que nous avons demandé du pain et du fromage à l’employé au lieu d’aller la chercher elle pour qu’elle nous le donne elle-même.

Prêtons-leur de méchantes intentions, et ils seront de mauvais hommes (ou de l’importance de la communication)

Nous sommes assez étonnés, car nous pensions vraiment qu’en ayant dit que l’on voulait y manger « en tant que client » cela signifiait en tant que gens qui paient. Comment ont-ils pu penser qu’on voulait les voler ou quoi que ce soit ? Nous lui rappelons que nous sommes des volontaires, que nous travaillons déjà 7 h par jours pour eux 6 jours par semaine. Griselda alors finit de nous sidérer en nous disant qu’elle ne nous fait pas confiance, qu’elle ne fait plus confiance aux volontaires qui viennent depuis que certains (pas tous précise-t-elle, certains) en ont profité pour voler des animaux, prendre de la drogue ou faire venir des gens dans la maison… Mais sans confiance, pour nous c’est un peu dur, et pour les suivants aussi je pense… Recevoir des volontaires et les faire trimer sans les voir en partant du principe que ce sont des sales types et des voleurs n’a jamais été dans notre façon de penser et de faire dans les autres boulots que nous avons fait en Argentine nous avons donné plus qu’on nous demandait par plaisir et en échange d’un contact humain. Ici apparemment, ce n’est pas possible.

Après ces explications et l’éclaircissement de ces malentendus, Claire est plutôt chamboulée et en colère, et Arnaud décontenancé. Finalement en quelques minutes après la décision sera prise : nous finissons la journée de travail et quittons cet endroit. Arnaud va l’annoncer à Griselda et Marco, et nous irons dire au revoir à Miguel qui nous salue joyeusement et fait sa fameuse photo pour nous avoir en souvenir. Marco nous propose de nous ramener en ville le soir même, nous acceptons.

Juste avant l’heure dite, et après avoir fait un ménage complet de notre ex logis (maintenant plus propre que lorsque l’on est rentré dedans, mais toujours aussi vieux et humide), nous faisons un tour d’au revoir à ceux que nous aurons le plus vu durant notre séjour : les animaux. Nous terminons par les cochons et tombons sur une chose étrange : l’un de ceux qu’Arnaud a aidé à mettre dans le parc est couché sur le côté, un rapace sur le ventre. Nous alertons Marco, qui est vétérinaire, et nous rendons alors compte que le goret a les deux pattes arrière cassées, de longues entrailles dans le flanc, et le moins grave, une oreille déchirée. Arnaud raconte avoir vu l’une des énormes femelles attaquer le plus jeune ce matin. Elle est donc parvenue à le mettre totalement KO, bien que celui-ci soit encore vivant. A grand coup de tatanes et le tenant par la queue, Marco parvient à le faire sortir de l’enclos pour pas que les autres le mangent durant la nuit, et nous le mettons dans un petit parc vide juste en face.

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Marco finalement nous embarque dans sa camionnette et nous sommes en partance pour Mar del Plata. Marco passe chez sa sœur Griselda pour lui donner les clefs de la ferme, nous avons ainsi l’oaccasion de lui dire au revoir. Son fils Milo est malade devant la TV. Elle nous dit qu’elle est désolée, on lui dit que nous aussi, et on se donne l’accolade avant de partir.
Dans la voiture sur la route vers un hostel, Arnaud demande un Marco de transmettre à l’employé de cuisine nos excuses pour lui avoir posé des problèmes. Mais Marco ne comprend rien de ce que l’on demande, manifestement, non seulement il ne connait rien de cette histoire, mais il n’y comprend rien non plus. Devant la « casa grande », l’hostel ou nous allons passer la nuit, Marco nous propose de le retrouver le lendemain soir à la « casa del pueblo » où l’on danse le tango.

La parilla de la réconciliation

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Ce soir-là, fatigués mais heureux d’avoir un toit, nous avons bien discuté (ou plutôt écouté) de politique avec les réceptionnistes, nous allons sur leurs indications manger dans une parilla du centre nommée « los chicos de Europa ».

C’est en effet un bon rapport qualité prix et nous prenons l’asado pour deux, nous sommes trop en manque de protéines, et des frites. Il y a énormément à manger pour nos estomacs rétrécis et nous ne pouvons pas tout finir, mais quel plaisir de savourer cette viande grillée, et cette bonne graisse animale qui fond dans la bouche. Heureux les affamés qui trouvent une bonne parilla ! Nous goutons également une pièce nouvelle, du cerveau grillé, chose qui a définitivement le gout de rien de connu, mais assez intéressant à découvrir.


Notre petit hôtel coloré

Nous nous payons aussi le luxe d’une bonne bouteille de vin car nous avons une bonne nouvelle toute neuve à fêter : nous avons contacté Vincent et il nous reprend pour les 3 semaines prochaines à Puerto Madryn en volontariat ! Nous sommes très contents et nous rêvons tout haut à Vincent, la casa de Tounens, les baleines et les empanadas de chez Halloween. Et oui on n’est pas encore tout à fait remis de notre diet !

Nous passons une très bonne soirée, faisons le point et la paix sur cette expérience malheureuse de volontariat, il fallait bien que ça nous arrive, et nous allons nous coucher, au chaud et le ventre plein, prêts comme jamais à faire une grasse mat’.

Mar del Plata, cité balnéaire de contrastes

La journée du lendemain nous la consacrons à connaitre un peu mieux la ville, plus que tout organisée autour des immenses plages qui la borde.

Nous commençons par faire une longue promenade en longeant la côte, vide à cette saison, mais son aménagement témoigne des vagues sans fin de portenos (habitants de Buenos Aires) qui débarquent ici l’été. Ce qui est assez cocasse, c’est l’architecture complétement hétéroclite que présente la ville. Ici, un immense building moderne pouvant accueillir des centaines de personnes, et juste à côté une petite maison à colombage du siècle dernier, niant de ces trois étages l’existence en son sein même d’une station balnéaire déshumanisée.

Bref, Mar del Plata est une usine à tourisme, et ses bords de mer bien aménagés le prouvent. Nous faisons une longue balade, profitant de la mer assez agité ce jour-là, et comparant avec amusement la dissymétrie des architectures, et notant de que de nombreuses réparations seraient à prévoir dans les bâtisses les plus anciennes. Nos pas nous mènent jusqu’à une grande place sur la Rambla mar, cernée d’immenses bâtiments officiels. Au centre trône l’amiral Brown, acteur de la guerre d’indépendance argentine en habits de parade, et de chaque côté de l’accès à la plage de bristol se dressent deux énormes lions de mer.

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Plus loin, nous arrivons à un petit fort qui héberge un restaurant, le Torreon del Monje, charmant et à but défensif originellement. Plus loin encore, un monument au projet Atlantis, soit 4 argentins qui en 1984 parvinrent à réussir le non mince exploit de traverser l’océan Atlantique en radeau.

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Nous poursuivons notre découverte de la ville avec le centre, qui comporte surtout une grande rue commerçante et piétonne, au bout de laquelle une de ces grandes places rectangulaires que l’Argentine fait à merveille. Autour de celle-ci, la cathédrale néogothique de Mar del Plata. Elle a l’étonnante particularité d’avoir un toit en céramique, et les nombreux vitraux intérieurs sont français et témoignent d’un style art déco indéniable. Le teatro Colon à quelque pas de là ressemble lui plutôt à un château fort en plein centre-ville, arborant les symboles antiques de la comédie et de la tragédie.

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Ce soir-là nous nous rendons à la Casa del Pueblo, centre culturel tout proche de notre hostel ou nous prenons un cours de tango. Par la suite un petit bar s’ouvre dans le local et nous regardons les gens danser en buvant une bière bien fraiche, quasiment gelée à la mode argentine. Nous faisons quelques brèves apparitions sur la piste, mais nous n’en connaissons pas bien les règles. Peu après arrivent Marco et sa femme, qui est enceinte. Nous grignotons ensemble une pizza en parlant des actualités de la ferme, puis chacun va danser d’un côté ou de l’autre. Claire fait un tour de piste avec Marco, qui avec son gabarit nous fait penser à un ours plutôt élégant. Ce sera notre dernière soirée à Mar Del Plata, le lendemain matin nous partons pour Tandil, une petite ville de la province de Buenos Aires toujours, à quelques 4h de là à l’ouest.


Adieu, plages de Mar Del Plata!

Tandil

Nous arrivons dans la jolie ville de Tandil sous une pluie fine et un ciel bas. Tandil est réputée comme une ville de gastronomie du fait de nombreuses productions de fromages et charcuterie dans sa région.
Ville assez ancienne pour l’Argentine, elle a été fondée en 1823 à l’origine par le gouvernement de l’époque comme fort de guerre contre les indiens notamment durant la conquête du désert. A partir de 1875 les colons européens se firent plus nombreux, et vinrent de nombreux italiens, espagnols, danois et basques français.

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A la epoca del queso

Aujourd’hui, si la base de son économie est l’agriculture, de nombreux touristes viennent aussi visiter la chaine de montagnes alentours et notamment la piedra Mobediza, une pierre en équilibre en au du sommet d’une colline bordant la ville. Nous le la verrons pas bien qu’on s’en soit très fortement approché tant il y avait de brouillard.
Tandil est donc une petite ville très agréable même sous temps de pluie, soignée et avec de nombreux commerces. Une jolie cathédrale en prime, et effectivement de bons fromages. Nous avons bien sur été obligés de confirmer cette rumeur !

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Alors ni une, ni deux, nous nous rendons ce soir là à la Epoca del Queso et commandons un plateau de fromage et de charcuterie. En réalité ces fromages et saucissons divers se laissèrent allégrement manger, cependant trop peu d’entre eux avaient suffisamment muris pour être dignes d’un fromage français. Avec du gout!
Un séjour qui se terminera le matin de notre départ dans le Firpo de Lavie, le plus vieux bistro de la ville se situe à deux pas de notre charmant hostel ! La décoration recherché et surtout la gentillesse de la serveuse nous fait rester au chaud dans cette agréable endroit.

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De bric et de broc, notre retour jusqu’à Puerto Madryn

A midi nous devons malheureusement nous extirpé de notre cocon avec nos gros sacs, nous frayer un chemin jusqu’au bus de ville blindé de scolaire pour nous rendre jusqu’au terminal de bus. Mais l’aventure de s’arrête pas là. Nous devons nous rendre à Bahia Blanca, plus au sud, pour ensuite attraper un bus pour Puerto Madryn à 21h. Nous avons deux heures de battement théoriquement pour l’avoir. Pas sûr que cela soit suffisant cependant, car il faut savoir qu’une seule compagnie du bus va à Bahia Blanca, et la file pour acheter les billets s’allonge sans paraitre s’arrêter. Nous sommes ¾ d’heure en avance et pourtant le temps passe sans que nous avancions bien vers le guichet. Après maintes interruption, une mamie qui nous a grillé et une autre qui vient « poser » une question (acheter un ticket), sans compter la rapidité légendaire des vendeurs on parvient tout de même à avoir des places pour le prochain, et au tarif étudiant !

Notre joie, cependant, aura été de courte durée. Notre bus a connu des jours bien meilleurs, et son état actuel rentre à peine dans la catégorie branlant. Au delà de la surcharge, nous sentons bien le mouvement permanent de droite et de gauche, assez fort presque nous nous déboiter la mâchoire. Quand on commence à compter les heures dans un bus, c’est difficile, et encore nous n’avons que 6h prévu dans celui-ci. Cependant au bout des 6h il devient évident que nous sommes encore loin d’arriver à destination, il s’agit donc de prendre son mal en patience…

Une demi heure avant le départ de notre second bus, notre vieux tacot nous dépose enfin à Bahia Blanca. Nous récupérons nos affaires et courrons jusqu’à la boutique de Via Bariloche, tout ça pour s’entendre dire que… il ne reste plus qu’une place dans le bus. Une seule. Enfer et triple saucisse, le prochain est à 3h du matin ! Finalement nous trouvons un bus d’Andesmar qui part à 00h30, et nous nous attablons, affamés d’avoir sauté un repas, au bistro du terminal, qui se révélera très cher et mauvais.

A minuit nous commençons tout bonnement à péter un cable, nous sommes toujours au café, en face de la TV qui vient de nous faire une série du type « Plus belle la vie », mais version argentine (c’est Esperanza Mia, l’histoire d’une religieuse qui tombe amoureuse d’un prêtre et inversement, et ils chantent des chansons entre deux épisodes), suivi d’un show avec de la danse, u plutôt un concours du déshabillé avec le moins de tissu… Bref ce fut un sacré moment de solitude pour nous deux, au milieu du terminal bondé même à cette heure, la fatigue et le reste n’aidant pas… Jusqu’à l’arrivée, en retard, mais libératrice de notre bus, prochain arrêt, Puerto Madryn, de nouveau !


On the road again! On ne perd pas le moral pour autant 😉

3 réflexions sur “Mar Del Plata ne répond plus !

  1. Punaise quelle chance vous avez !
    Vous donnez envie de devenir PVTiste !!!

    Vous avez prolongé le plaisir en plus et vous avez bien raison

    Pleins de bisous à vous 2 et j’éspère quand même vous revoire un jours ! 😉

    Tchou

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  2. Plutôt sympa les plages de Mar Del Plata,
    bref la ferme est un souvenir peu agréable, heureusement qu’il y avait
    les animaux …
    Bisous à tous les deux

    J'aime

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