Misiones : Terre rouge et eau

Hola a todos !

Hi to everyone !

Halut tout le monde!

Après une longue attente, voici de nouveau notre récit de voyage ! Nous vous prions de nous excuser pour ces délais… monstrueux ! Nous espérons que le jeu en vaut la lecture, que l’on vous souhaite bonne.

Misiones, terre haute en couleur, terre rouge où passent les eaux d’Amazonie, où le soleil est si haut dans le ciel qu’il voit tout.

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La couleur de la terre est vraiment impressionnante!

Bienvenue sous les tropiques

Le Rio Paraná sépare trois pays dans cette région des Misiones. Le Paraguay au nord-ouest, le Brésil au nord-est, et l’Argentine au sud. C’est une terre magnifique, riche, superbe, terre de la forêt tropicale, forêt des espèces animales et végétales foisonnantes, et des indiens, tous tentant de survivre et de préserver leur culture, leur environnement.

Au bord du rio Parana...

A notre arrivée à Posadas, la capitale de Misiones, la différence avec Cordoba est manifeste, nous sommes dans une région chaude, les routes sont longues et leurs abords pratiquement vides. Ici les gens sont en débardeur et en tongs. Bien que nous soyons arrivés assez tôt en ce dimanche matin, la chaleur se fait déjà sentir. L’activité dans la capitale de Misiones est très limitée, cependant nous trouvons tout de même de bonnes âmes disposées à nous expliquer comment nous rendre en centre-ville : il faut prendre un bus, depuis l’arrêt qui est de l’autre côté de la route. Nous avons récupéré nos sacs à dos, et la découverte de Posadas peut commencer.

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Pour vous situer...

Ce qui est toujours un peu délicat, lorsqu’on prend pour la première fois un bus dans une ville inconnue, c’est de ne pas savoir où est-ce qu’on doit s’arrêter. Plan à la main dans le bus où nous n’avons pas de place assise, nous tentons donc de compter les rues, histoire de sortir à la bonne intersection et ne pas avoir à marcher encore 46 « quadras », c’est-à-dire blocs de maisons. Justement les quartiers pavillonnaires se succèdent, nous passons un grand centre hospitalier. A un coin de rue le bus s’arrêtant à un feu rouge, nous avons même le plaisir de découvrir des vendeurs de chipas.

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Armés de paniers, ils échangent aux voyageurs contre quelques pièces, par les fenêtres du bus, ces bouchées de pain au fromage (franchement c’est super bon !) Finalement nous descendons au bon endroit. La ville est vraiment quadrillée, toutes les rues sont tirées au cordeau !

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Banco de la Nacion au coin d'une rue...

Aujourd’hui Posadas est en plein développement économique, du fait de l’exploitation croissante de ses réserves naturelles que la nature ne manque pas de pourvoir ici non plus : mines de pierres précieuses notamment l’agate, l’améthyste et le topaze, et immenses barrages sur les fleuves Paraná, Uruguay et Iguaçu, qui fournissent une grande quantité d’électricité.

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Deux pays reliés par un grand pont: l'Argentine en la personne de Posadas et le Paraguay

La région est de plus en plus touristique bien sûr à mesure que grandi la notoriété des extraordinaires chutes d’Iguaçu. Mais ce n’est pas là le seul charme de la région : il y a de multiples cours d’eau et autres chutes à découvrir. Le milieu naturel est vraiment exceptionnel : la faune spectaculaire par exemple, ici les panneaux de signalisation ne mettent pas les automobilistes en garde contre la traversée de chevreuil, mais plutôt de grands fauves ! La route est un grand danger pour les léopards et il est demandé de faire attention à leur vie.

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10h00 du mat’ on est déjà à fond !

Quant à nous, une fois arrivés calle Bolivar, rue dans laquelle nous avions repéré la veille sur internet un hostel à prix abordable à l’avance, nous descendons la rue pour effectivement trouvé le Posadena Linda. Sauf que (et oui ça arrive !) il n’y a plus de place pour nous ! Il faut préciser à ce moment-là de l’histoire que l’offre hôtelière de Posadas est très limitée, du fait que la plupart des gens ne s’arrêtent pas à Posadas, allant directement à Iguaçu voir les chutes. La propriétaire nous fait voir son carnet de réservation plein avec une grimace et a toutes les peines du monde à nous indiquer un autre endroit où crécher… Elle finit cependant par « lâcher » qu’il y a peut-être un petit hostel plus bas dans la rue pour nous accueillir.

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Alors elles ne sont pas carré ces rues??? 

Il ne nous en fallait pas plus et nous roulons notre bosse jusqu’à tomber nez à nez (c’est le cas de le dire) avec un avant de camion, collé à la façade d’un bâtiment un peu sale, mais comportant néanmoins le nom d’hostel, et en supplément de bar, sur lequel est posée une affiche officielle annonçant la fermeture pour raison d’hygiène… La fatigue aidant, nous sonnons quand même. Pas de réponse. Vous connaissez Arnaud, il sonne une deuxième fois. Vous me connaissez, je commence à chercher une alternative, alors enfin la porte s’ouvre sur une grande brune, rasée d’un côté, avec un très joli (et très grand) sourire et un tout petit short. Elle se présente comme la propriétaire du lieu, et si, siii, c’est ouvert. Apparemment ce qui est fermé, c’est le bar, qu’elle nous montre dans une grande cour en plein air à l’arrière. Celui-ci, sans grande surprise, est bien rempli, les bouteilles tournent (et non c’est pas l’Orangina). PS : on vous rappelle qu’il est 10h du matin… Bref, on parle un peu avec eux, la nuit est à 100 pesos (pas cher !) ils sont super sympa et après un long regard entre moi et Arnaud on finit par poser nos affaires et aller se balader. Entre temps nos nouveaux potes nous ont proposé de l’ecsta, et gratuit en plus, parce qu’on a une bonne tête ! Mais bon, voilà, euh… pas envie là !

Promenade le long du rio Parana: grande statut hommage au peuple guarani

Déambulation économique et sociale

Nous partons à la découverte de la ville. Au bout de la rue Bolivar, il y a le Rio Paraná, et de l’autre côté, c’est le Paraguay. Il fait chaud, le soleil tape fort sur les têtes, pourtant assez peu nombreuses en ce dimanche matin ! Les rayons du soleil se reflétant dans le Paraná rendent l’eau argentée, et ce fleuve très large contraste avec une chaleur écrasante dès le matin. De nombreux oiseaux habitent les berges, sur lesquelles une large promenade s’étend sur des kilomètres.

Petite plage artificielle sur la route

C’est un contraste étonnant que ce vivier prolifique d’ailes et de plumes en comparaison avec l’urbanité de Posadas. Qui elle aussi oscille entre décadence et sursauts de modernité : j’en veux pour preuve le pont de fer d’un bateau, seule pièce visible au-dessus de la surface des eaux. C’est un iceberg d’industrialisation, perdu dans ce nouveau monde, et qui, lui, a tardé à fondre.

Mais si Misiones parait de prime abord un peu à part, par son climat et son ambiance particulière, c’est pourtant l’un des maillons de la culture argentine. Pour preuve le maté, qui est, comme vous avez dû le comprendre depuis le début de notre voyage, un élément très important du quotidien. Cet arbuste originaire de la région est cultivé ici, puis broyé et vendu en sachet dans tout le pays pour fournir cette boisson nommée également maté. Nous verrons les usines des marques de Piporé et CBsé. Outre le maté, l’agriculture, l’aviculture et la pisciculture est favorisée et bien présentes dans la zone.

Une fois la promenade au bord du fleuve achevée, nos pas nous conduisent vers le centre-ville de Posadas, qui est (elle aussi devrais-je dire), le théâtre de manifestations. De grands camps ont été installés sur la place principale de la ville, en face de la mairie. Des familles entières vivent là. Imaginez-vous vous promener dans le centre d’une ville inconnue, et y trouver une mère lavant et épluchant des pommes de terre ? C’est déroutant. De voir ces personnes réclamer un toit, et de retrouver au milieu de l’espace commun des gestes domestiques. Cela frappe comme le poing, pas de repli possible pour ces gens, cet espace que nous ne faisons que traverser, c’est pour eux tout ce qu’ils ont, et il n’y a pas d’autre sol pour les porter.

La communication ne passe plus...

Un cas inédit de fusion de la culture guarani et occidentale : les missions jésuites

A la découverte des termitières de San Ignacio!

Après cette matinée de reconnaissance, nous visitons l’après-midi le site de l’ancienne mission jésuite de Saint Ignacio Mini. Ce site, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, permet de comprendre l’histoire de cette région et des amérindiens qui vivaient là des siècles auparavant et l’étrange et fascinante fusion de cultures qui s’est produite dans ces colonies aujourd’hui en grande partie détruites.

Vue emblématique de San Ignacio: l'entrée de l'église au centre de la communauté

San Ignacio est une de celles qui ont existé dans la région, connues aujourd’hui grâce au film « Mission » de Roland Joffré avec Robert de Niro.

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Nous nous y rendons en bus, après avoir avalé un sandwich à la milanaise à une petite vendeuse du terminal de bus, abritée sous un large parasol (c’est tout ce qu’on avait sous la main à ce moment-là, ça a au moins le mérite d’être très bon marché). Il y a deux heures de route et de nombreux arrêts sur cette route qui relie Posadas à San Ignacio, et plus loin Iguazu, car nombreux sont ceux qui travaillent à Posadas mais vivent à l’extérieur de la ville.

Heureusement le bus blindé de monde est climatisé, et la musique d’ambiance est hilarante, c’est une sorte de cumbia, où un homme chante faux et d’une voix empreinte de larmes des paroles géniales, ça fait à peu près ça : « Je suis un homme du sud, et du coup tu comprends, je suis jaloux, mais tu ne dois pas m’en vouloir ! » Ça nous a fait bien rire.

A notre arrivée, nous suivons la route de la petite ville de San Ignacio, certains pavés datent de l’époque de la construction du site. A partir de 1549, les jésuites ont pour mission d’évangéliser les Amérindiens de l’actuel nord-est argentin. Quelques années auparavant, une prise de conscience s’opère sur la condition des indigènes : Bartolomé de las casas et quelques autres défendent l’intérêt des gens originaires de ces forêts face aux conquistadors, nouveaux propriétaires terriens qui ont le droit d’user gratuitement de cette force de travail sur place. C’est le système de l’encomienda.  Cependant cette défense des indiens comme êtres humains à part entière est encore très frileuse, et leur évangélisation par les jésuites est une stratégie pour « civiliser » cette culture : celle des guaranis.

En réalité les vestiges abritent encore quelques pensionnaires...

Aujourd’hui le long de ce chemin qui mène aux vestiges de cet ancien système, quelques habitations forment un village qui vit clairement de l’activité touristique du lieu : pour le pire des enfants en haillons mendient, les parents parfois nous approchent pour nous vendre de petits objets en bois de leur fabrication. Les échoppes ne manquent pas : arcs guaranis, objets d’art, plantes, maté, pierres précieuses… tout y passe.

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Plusieurs groupes de touristes sont déjà sur place, envahissent la route, sortant de leur hôtel et se déversant le long des étals. Nous poursuivons tant bien que mal notre route jusqu’à l’entrée du site (qui entre nous soit dit coûte super cher, et nous n’avons pas eu la réduction à laquelle normalement notre visa PVT nous donne droit). Bref, nous découvrons alors en passant l’enceinte que l‘endroit mérite sa réputation, et les bâtiments de la mission ont été bien conservés, et pour certains rebâtis à partir des plans d’origine.

Un système tout à fait exceptionnel et innovant est mis en place à l’initiative des jésuites : leur supérieur, Acquaviva acquiert de la main du roi d’Espagne Philippe III l’autorisation de fonder un Etat autonome au début du XVIIème siècle, base pour l’établissement des « reducciones », qui sont en réalité des « regroupements » de population. C’est-à-dire des rassemblements de jésuites et de guaranis, dans des colonies à la philosophie, au fonctionnement et à l’architecture tout à fait particulière.

Les jésuites apprennent la langue guarani et la transcrivent à l’écrit, produisant des livres, dont bien sûr la Bible en guarani, enseignant aux peuples guaranis à lire. Ceux-ci ont conservé donc au sein de la colonie leur langue, mais aussi leur mode de vie : les familles vivent ensemble dans de grandes maisons communes, le « regidor », chef de la communauté est élu à la majorité chaque année. Un mélange s’effectue alors et au fil du temps les croyances se mélangent pour laisser place au syncrétisme, et un équilibre de vie s’installe sur les bases d’un Etat égalitaire, et autogéré.

Mélange des styles!

Les services publics comme l’artisanat et l’art se développent très vite et de pair la santé économique des misiones jésuites. Pendant plus de 150 et jusqu’en 1759, c’est l’âge d’or des reducciones, et on décompte quelques 30 000 habitants guaranis dans ses communautés. Cependant le nouveau roi d’Espagne et sa femme, portugaise, donc plus favorable aux intérêts des colonies brésiliennes, rendent hors la loi les misiones. Leurs habitants, malgré leur résistance, ne pourront sauvegarder ce mode de vie et nombre d’entre eux seront massacrés.

Entrée du site

De San Ignacio aux chutes d’Iguazu !

Le site en lui-même nous a plu, ces ruines sont empreintes d’histoires et de couleurs magnifiques. Nous déambulons dans les restes de cette communauté qui a aujourd’hui encore beaucoup à nous enseigner en termes de partage et de tolérance.

Surement un des rares endroits dans le monde où il fait plus de 35 degrés à l'ombre 
et pourtant tu trouves des distributeurs d'eau chaude... pour le maté!

Nous ne restons pas pour le spectacle du soir car malheureusement nos amis argentins font repayer les billets aux étrangers pour y assister… Ce qui nous rappelle tout de même qu’à l’heure actuelle San Ignacio représente une rentrée d’argent non négligeable dans le coin.

Le retour en bus est plus calme, et on apprécie grandement la climatisation de celui-ci. Nous passons notre soirée à déambuler dans les rues de cette capitale, à l’image de très nombreux autochtones. Nous mangeons une de ces fameuses pizza argentine à l’œuf cuit et un lomito, sandwich à la viande, avant de reprendre nos quartiers dans le plus ou moins hôtel qui nous sert de toit. Il fait tellement chaud que la salle de bain est infestée de mouches. Autant vous dire que la douche fut rapide. Dans le dortoir nous retrouvons certains des joyeux lurons qui étaient à la fête le matin et surement une bonne partie de la journée étant donné qu’ils dorment comme des loirs !

Le lendemain, nous partons sans encombre vers une nouvelle destination de rêve : IGUAZU !

 

 

 

Une réflexion sur “Misiones : Terre rouge et eau

  1. Toujours aussi magnifique ce reportage, bravo les jeunes.
    la cabine téléphonique a retenu toute mon attention….
    Non LOL les paysages sont magiques , de quoi rêver.
    Gros bisous

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